EPFL Magazine N° 28

ÉDITO

Une autre manière de voir son école


BD RENTRÉE

Une année à l'Ecole des Potions, Formules et Licornes

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RECHERCHE

«A l’EPFL, la recherche est basée sur la liberté et la diversité»

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Argonaute, un job pas comme les autres


Argonauts of modern research


Ma vie de chercheur


ACTUALITÉS SCIENTIFIQUES

Des pompes à chaleur moins énergivores

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Que peut nous apprendre Wikipédia sur les interactions humaines?


CAMPUS

Bienvenue dans le lieu de savoir le plus cool de Suisse

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VU ET ENTENDU SUR LE CAMPUS

Objets à donner

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CAMPUS

Fundamental laws governing dynamics in living systems


CAMPUS

EPFL Magazine, un journal apprécié trop méconnu


PORTES OUVERTES

Deux journées pour (re)découvrir l’EPFL

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Faire de ces portes ouvertes un événement responsable


50 ANS DE L’EPFL

«Mon terrain de jeu préféré, c’est le tableau périodique des éléments»


CAMPUS

Une exposition célèbre 50 ans de thèses EPFL

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A Los Angeles, EPFLoop monte sur la troisième marche du podium


Nouvelles nominations de professeurs


Garants du bien-être animal


Une nouvelle plateforme à projets durables


Venir à l’EPFL en transports publics à petits prix


Une semaine pour rencontrer les associations


Le collectif Grève féministe veut se constituer en association


Six étudiants en boot camp à San Francisco


From robots to migration: new fall courses


Le sein mis à nu

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Un écrin de bois pour le Smart Living Lab


LECTURE

La sélection des libraires


CULTURE

Un corps, des corps, encore


Récital de Cédric Pescia


Les travailleurs invisibles de l’EPFL s’exposent au RLC


Experience EPFL through augmented archives at ArtLab


Les événements à venir


ÉVÉNEMENTS

Les points forts des 50 ans de l’EPFL


RECHERCHE

Ma vie de chercheur

Profession: chercheur. Un métier de prestige qui comporte une part de mystère pour les non-initiés. Nous avons rencontré cinq d’entre eux pour avoir un aperçu de leur quotidien à l’EPFL.

Dans son quotidien, le chercheur est à la fois enseignant, manager ou encore collecteur de fonds. Des casquettes qu’il endosse tour à tour dans un emploi du temps bien souvent surchargé. «J’ai commencé ma journée à 6h30 ce matin en montant dans le train. En général, je profite du trajet pour lire des articles, préparer un cours ou faire quelques calculs, raconte Kathryn Hess, mathématicienne, responsable du Laboratoire pour la topologie et les neurosciences. Après notre rendez-vous, je vois encore un doctorant. Puis, j’aurais enfin une après-midi pour faire de la recherche.»

Compte tenu de son statut de cheffe de laboratoire, la professeure gère une équipe d’une quinzaine de personnes formée de doctorants, postdoctorants, mais aussi secrétaire et collaborateurs scientifiques. Avec le processus d’engagement puis la gestion des potentiels conflits et l’organisation générale du laboratoire, le rôle de chercheur comporte donc une forte composante de management. En tant que jeunes chercheurs, les doctorants et postdoctorants profitent de l’expérience du professeur auquel ils sont rattachés. «Je passe beaucoup de temps à superviser des thèses en conseillant et aidant à la rédaction de publications scientifiques, confie Kathryn Hess. Selon les cas, cela peut être un simple accompagnement ou une collaboration, un travail en équipe.»

Transmettre l’amour du domaine

Ce partage d’expérience et de savoir se fait également dans des auditoires, avec les étudiants de Bachelor et de Master de l’Ecole. «L’enseignement est une facette fondamentale et essentiel de notre métier, annonce Kumar Agrawal, ingénieur chimiste, responsable de la Chaire Gaznat en procédés de séparation avancés. Dans un premier temps, cela demande un grand investissement en temps pour préparer son cours. Quand j’ai commencé à enseigner, j’y passais deux jours et demi par semaine. Maintenant que la base est faite, une journée suffit habituellement pour adapter mon cours selon les retours des étudiants.» En plus de la matière en elle-même, le professeur s’applique à transmettre l’amour du domaine. «J’essaie de leur montrer pourquoi cette théorie est utile, sa finalité et de les motiver à poursuivre leur parcours professionnel dans cette voie», ajoute-t-il.

Plus qu’un travail, le métier de chercheur est également une passion. «Je me demande parfois pourquoi je suis payé pour faire quelque chose d’aussi fun », s’amuse Kumar Agrawal. A tel point que le chercheur passe tous ses dimanches dans son bureau de l’EPFL Valais-Wallis. Un investissement qui ne semble pas gêner son cercle familial. «Ce sont plus les voyages à l’étranger, que j’essaie de limiter autant que possible, qui posent problème, déclare-t-il. En moyenne, je me rends dans des conférences entre 6 et 8 fois par année, en général durant l’été.»

Ces conférences et congrès scientifiques visent à rassembler les chercheurs travaillant dans un domaine pour faire état de leurs avancées. Si la participation à ces événements n’est pas formellement obligatoire, elle semble fortement requise. «Ce sont des moments d’échanges indispensables, estime Raffaella Buonsanti, chimiste responsable du Laboratoire de nanochimie pour l’énergie. Ils permettent de rester informé. Parce qu’il faut être réaliste, il y a tellement de publications qui sortent qu’il est impossible de toutes les lire. De même, ils nous donnent l’opportunité de nous faire connaître, d’exposer le cœur de notre recherche.» Ces événements peuvent également faire germer de nouvelles idées, voire engendrer des collaborations.

Collaborations et compétition

Ces collaborations seraient de plus en plus fréquentes. «Je fais partie d’un réseau de chercheuses qui vise à mieux intégrer les jeunes femmes dans le monde de la recherche, explique Kathryn Hess. Soutenues par des professeures plus expérimentées, elles travaillent à distance sur des projets communs. Ce système permet à ces jeunes femmes d’être connues, d’être publiées et d’entrer dans le réseau.» Pour Wendy Queen, chimiste responsable du Laboratoire des matériaux inorganiques fonctionnels, mélanger les expertises très différentes de chimistes, ingénieurs ou physiciens notamment sera le meilleur moyen pour faire face aux grands problèmes actuels, typiquement la gestion du CO2, une problématique sur laquelle travaille la chercheuse. «En tant que jeune chercheuse – professeur assistant tenure track (PATT) – j’essaie de passer un maximum de temps à travailler sur mes propres idées. Mais à l’avenir, je ferai certainement davantage de collaborations avec d’autres chercheurs», songe-t-elle.

La recherche reste cependant un milieu très compétitif. Si deux chercheurs travaillent en simultané sur le même sujet par exemple, être le premier à publier ses résultats peut s’avérer indispensable pour le financement de futurs projets. En effet, les chercheurs adressent des demandes d’allocation de fonds au Fonds national suisse de la recherche scientifique, à Innosuisse, l’agence suisse pour l’encouragement à l’innovation, à des fonds européens, mais aussi à des fondations, voire à des industries. «Nous sommes jugés sur nos idées bien sûr, mais également sur nos publications et sur les types de revues dans lesquelles elles ont été publiées, indique Kumar Agrawal. Souvent, il faudrait publier dans des journaux à haut facteur d’impact – indicateur de visibilité. Etre lu et cité par ses pairs.» Plus que la quantité, c’est la qualité des publications qui fait foi. Selon Raffaella Buonsanti «en chimie et génie chimique, l’EPFL est une des meilleures universités d’Europe. Il y a forcément une certaine forme de pression. On attend de moi un travail de qualité à la hauteur de cette réputation.»

 

Liberté et utilité

Pour atteindre rapidement ce niveau d’excellence, les chercheurs de l’EPFL bénéficient d’un budget de base. «Nous sommes gâtés, signale Kathryn Hess. Le fait d’avoir une enveloppe budgétaire permet d’engager quelques doctorants et postdoctorants et de démarrer très vite.»

Cette aide facilite donc le début de carrière, mais elle a aussi l’avantage d’offrir une certaine liberté au chercheur. «Personnellement, c’est ce qui m’a apporté la meilleure science, affirme Wendy Queen. Avec les financements externes, nous sommes restreints à l’idée de base que nous avions annoncée dans la demande de fonds. Tandis que cet argent-là nous permet d’étudier vraiment ce que l’on veut. Il permet d’explorer de nouvelles directions.» De son côté, Alexandre Alahi, chercheur en intelligence artificielle, responsable du Laboratoire d’intelligence visuelle pour les transports déclare: «L’EPFL nous donne vraiment l’opportunité d’oser explorer l’impossible, et de même rendre cet impossible possible. La confiance qui nous est accordée est une chance, mais aussi une responsabilité. A nous de montrer que l’on sait l’utiliser à bon escient.

A cet effet, le chercheur mise notamment sur le transfert de technologie. «Mon but est d’être utile à la société, d’avoir un impact réel. C’est donc l’un des moyens pour que notre travail soit accessible à tous, explique-t-il. D’ailleurs, j’encourage grandement le partage des idées et des données. Je suis convaincu qu’en tant que communauté, nous arriverons beaucoup plus vite à un progrès.»

Les qualités à avoir pour être un bon chercheur?

  

Alexandre Alahi, chercheur en intelligence artificielle, PATT au Laboratoire d’intelligence visuelle pour les transports: Avoir une réflexion éthique sur le pourquoi de ses travaux, savoir utiliser sa science au profit de l’humanité, rester humble et à l’écoute de sa communauté. Dans l’exécution de ses travaux, être persévérant, patient, et avoir la capacité à être critique vis-à-vis de soi.

 

Wendy Queen, chimiste, PATT au Laboratoire des matériaux inorganiques fonctionnels à l’EPFL Valais-Wallis: Etre créatif et aller en dehors de sa zone de confort, c’est comme ça qu’on grandit le plus. Etre positif et avoir confiance en soi, croire qu’on peut faire la différence, avoir un impact sur le monde. C’est d’après moi ce qui amène au succès. Si vous y croyez, vous pouvez y arriver.

 

Kumar Agrawal, ingénieur chimiste, PATT responsable de la Chaire Gaznat en procédés de séparation avancés à l’EPFL Valais-Wallis: Peu importe ton métier, il faut aimer ce que tu fais. Pour être un bon chercheur, je dirais qu’il faut surtout être curieux, se poser des questions et vouloir chercher la réponse. Ne pas avoir peur de lire beaucoup de publications, même celles qui n’appartiennent pas à son domaine de recherche, il y a toujours des connexions à faire. Avoir l’esprit ouvert et oser sortir des sentiers battus.

 

Raffaella Buonsanti, PATT au Laboratoire de nanochimie pour l’énergie à l’EPFL Valais-Wallis: Etre optimiste pour être capable de surmonter les difficultés. C’est une qualité essentielle pour supporter toutes les frustrations que rencontre un chercheur. Avoir un hobby est également un plus. Cela permet de penser à autre chose que le travail et favorise la créativité, qui est un élément clé dans ce que nous faisons.

 

Kathryn Hess, mathématicienne, responsable du Laboratoire pour la topologie et les neurosciences: Etre rigoureux et méthodique, avoir la capacité de se remettre en question et être très ouvert aux autres. Avoir une passion pour la science parce que cela demande de longues heures de travail.