EPFL Magazine N° 24

ÉDITO

De la science et de l’éthique / On science and ethics


POINT FORT

CRISPR, au-delà de la génétique

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Une révolution dans le quotidien des chercheurs de l’EPFL


50 ANS DE L'EPFL

Rire et réfléchir avec des lauréats de l’Ig Nobel

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La place Cosandey au cœur des festivités du 50e


«J’imagine un campus qui soit exemplaire, un modèle de bonnes initiatives dans le futur»


ACTUALITÉS SCIENTIFIQUES

Un nouvel appareil pour mesurer l'eau contaminée par le fluorure

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Un transformateur pour passer des réseaux AC à DC


Echecs et intuition sont de précieux ingrédients


Mieux évaluer la sécurité des bâtiments frappés par un séisme


INTERVIEW

Javier Martín-Torres prépare la vie sur Mars

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VU ET ENTENDU SUR LE CAMPUS

Drôles de bêtes

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CAMPUS

EPFLoop à nouveau dans la compétition

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«La tendance naturelle d’un chercheur est de ne pas partager ses données»


Des consultations infirmières de premier recours


Les étudiants peuvent bénéficier des conseils des diplômés


Elisez la meilleure start-up


PLUME: la bibliothèque met en ligne ses collections patrimoniales


Un nouveau fonds de l'EPFL récompense neuf idées open science


Une politique open access pour l’Ecole


«Il n’y a pas deux cultures séparées, l’une scientifique et l’autre humaniste»


EPFLinnovators turns PhD students into genuine entrepreneurs


La beauté des ratés

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Diversity: from theory to practice and analysis


Easter Island as search field for EPFL students in architecture


Slackampus is back for the third edition


LECTURE

La sélection des libraires

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CULTURE

Exposition sur le bureau d'architecture Case Design de Mumbai

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C’est bientôt les Printemps de Sévelin


Le livre Dia-Logos présente les origines et l’impact de l’œuvre de Llull


AGENDA

Les événements à venir


ÉVÉNEMENTS

Les points forts des 50 ans de l’EPFL

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CAMPUS

ENSEIGNEMENT


«Il n’y a pas deux cultures séparées, l’une scientifique et l’autre humaniste»

Le 1er février dernier, Jérôme Baudry a rejoint le Collège des humanités comme professeur assistant tenure track et directeur du nouveau Laboratoire d’histoire des sciences et des techniques (LHST). Interview.

Pouvez-vous nous présenter vos recherches?

J’ai jusqu’à présent orienté mes recherches dans deux directions. Tout d’abord, je me suis intéressé à l’histoire des brevets d’invention au moment de leur création, aux XVIIIe et XIXe siècles. En comparant les cas anglais, américain et français, j’ai essayé de comprendre comment le principe d’une propriété qui ne porte pas sur des objets, mais sur des idées, s’est imposé.
En transformant les dynamiques de l’innovation, les brevets d’invention redéfinissent à cette époque les frontières entre science et technique: d’un côté la science va être conçue comme une activité pure, théorique, dégagée des intérêts matériels, de l’autre la technique va être vue comme une simple application de la science au monde industriel. C’est à ce moment-là que les termes de découverte et d’invention, autrefois synonymes, deviennent distincts. Or certains développements récents, par exemple en biologie et en génétique, montrent qu’une telle distinction n’était peut-être que temporaire.

Et la seconde direction?

Elle porte sur les relations entre science et société et sur la participation du public à la production des savoirs. J’ai beaucoup travaillé sur le mouvement récent des citizen sciences, ou sciences participatives, qui ont l’ambition d’inclure des citoyens volontaires, amateurs de science mais non professionnels, dans la fabrique même de la recherche.

Quels projets souhaitez-vous mener au LHST?

Certains projets sont dans la continuité de mes travaux précédents, mais s’appuient sur l’environnement offert par le Digital Humanities Institute. Par exemple, je souhaite constituer un vaste corpus, sur plusieurs siècles, de brevets d’invention numérisés, dont l’analyse permettra de modéliser et de mieux comprendre les dynamiques de l’innovation.
Pour mes nouveaux projets, je compte bénéficier de la proximité avec les scientifiques et ingénieurs de l’EPFL afin d’établir des collaborations. Par exemple, en lien avec la Faculté des sciences et techniques de l’ingénieur et la Faculté d’informatique et communications, j’aimerais beaucoup lancer une recherche sur l’histoire de la CAO (conception assistée par ordinateur), qui dès les années 1970 transforme profondément les pratiques de conception, le métier et la formation d’ingénieur, ainsi que les objets industriels eux-mêmes.
Enfin, je souhaite valoriser le Musée de physique, ou la Collection des instruments de physique de l’Université de Lausanne, qui est issue de plus de deux siècles d’enseignement et de recherche. Nous sommes en train de préparer un nouveau site web, qui permettra de consulter et faire des recherches dans l’inventaire très complet qui a été réalisé par le professeur Jean-François Loude.

Quels cours allez-vous donner?

En septembre, au sein du Master en humanités digitales, je donnerai un cours sur l’histoire et le numérique, avec un objectif double: présenter (et pourquoi pas créer) des outils numériques qui permettent de traiter des données historiques, et réfléchir, grâce à des études de cas historiques, à la portée et aux limites de la pensée computationnelle. Par la suite, je proposerai un nouveau cours dans le cadre du programme SHS, sur l’histoire de l’innovation et des interactions entre science et techniques, depuis le XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui.

En quoi est-ce important d’étudier l’histoire des sciences et des techniques à l’EPFL?

Pour de multiples raisons! Le passé nous offre une foule d’exemples, de modèles et de concepts qui peuvent nous inspirer aujourd’hui encore. Il nous permet de réfléchir sereinement à notre propre pratique des sciences… Plus fondamentalement, je crois qu’il faut défendre l’idée qu’il n’y a pas deux cultures séparées, l’une scientifique et l’autre humaniste. La science n’est pas à part, elle fait partie intégrante de la culture, elle est irriguée par la société qu’elle irrigue à son tour.


Celia Luterbacher, communication CDH

Jérôme Baudry a étudié l’histoire des sciences et des techniques à l’Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris. Il a reçu son doctorat au Département d’histoire des sciences de Harvard University. Avant de rejoindre l’EPFL, il était chercheur postdoctoral et chargé d’enseignement à l’Université de Genève.